La partenaire de danse

Auteur: Carlos Estevez (dit petròleo)
Traduction: Nathalie Clouet

Extrait du compte rendu de bourse d'étude chorégraphique
octroyée à Nathalie Clouet par le Ministère de la Culture et des Affaires Etrangères en 1989.

LA PARTENAIRE DE DANSE
AUTEUR : Carlos Estevez (Petròleo)

Quelle est l'importance réelle de la partenaire de danse dans le tango. Aussi doué que soit le danseur, même s'il connaît tous les secrets de la danse, s'il n'a pas une femme complète dans l'art de l'accompagner, il ne peut communiquer le message tanguero aux yeux des autres. Il dansera, mais sans éloquence. Il dansera sans transmettre l'émotion, sans rien communiquer ; il dansera en passant par les formes creuses et vides de la danse.

Mais si celle qui partage sa danse embellit les mouvements, se glisse avec une exactitude mathématique, conjugue les phrasés, tourne, pique, accumule les sensations, se présente en se déplaçant avec une élégance naturelle qui frise la perfection ; elle partage la communication. Elle ajoute une dose d'émotion et de théâtralité pour faire du couple une force représentative d'art et de beauté.

C'est lorsque le tango dansé s'élève et que le duel se matérialise de cette façon que les danseurs deviennent inséparables l'un de l'autre. Ils se fondent en un seul être au regard du spectateur.
Au cours de la danse, c'est la danseuse qui fabrique les arabesques, les fioritures ainsi que tous les mouvements qui embellissent le tango. Le danseur ne s'en charge que très rarement. Les véritables danseuses ont développé un sixième sens qui leur permet d'exécuter n'importe quel mouvement en cas d'erreurs. Elles couvrent l'erreur spontanément sans que le spectateur ne puisse déterminer quelle se soit produit.

La danseuse a la place la plus importante dans le couple parce qu'elle doit accompagner les mouvements qui sont parfois créés sur le moment et cependant accède à la plus haute expressivité lorsque la danse est "carrée" c'est-à-dire lorsqu'elle marche avec des pas de même longueur, en sachant exactement où est son corps et où est le temps.

Puisque le tango n'a ni trame, ni chorégraphie prédéterminée, la danseuse doit avoir l'intuition du mouvement qu'exécute le danseur et l'accompagner avec exactitude, sans effort apparents. Après un long apprentissage de la danse, la danseuse doit passer du temps pour acquérir une expression mure. Il faut pratiquer constamment pour arriver à conjuguer la cadence avec le rythme ; l'élégance avec la grâce ; éléments fondamentaux pour parvenir à l'apogée dans la danse. Laissons ces danseuses racées auxquelles les dieux ont accordé toutes les conditions naturelles requises pour sortir du lot. De même, elles doivent travailler en s'entraînant. Cependant, le tango ne leur a pas donné la place qu'elles ont en réalité.





Un Rien De Tango Dans La Démarche